The follower

20h52. J’éteins mon ordi, et jette le fond de café froid qui traîne sur mon bureau depuis ce matin. Quelle longue journée ! Je me rends compte que je suis le dernier du bâtiment. J’enfile ma veste, éteins la lumière et me dirige vers la sortie.

Dehors, il pleut. Il pleut énormément, le déluge. Je jette un oeil sur le parking, il reste deux voitures. À côté de l’autre voiture, une ombre. J’active l’alarme puis sors sur le seuil couvert. D’abord abasourdi par le bruit de la pluie, je tente de discerner cette fameuse ombre. Éclairé en contre-jour par l’unique lampadaire, un homme me regarde. Il est grand. Mince. Il attend. Sous la capuche de son ciré noir, je ne vois pas son visage. Tout ce qui en ressort est le point rouge et lumineux de sa cigarette. Ses yeux sont cachés, mais je sens le poids de son regard. Que fait-il, seul sous la pluie ?

Sans parapluie, je cours vers ma voiture. Et, bien que fixant le sol pour voir où je mets les pieds, je sens à nouveau son regard me suivre. À l’intérieur, au sec, je relève les yeux. Il est toujours là, de l’autre côté du parking, et m’observe, droit comme un “i”. Mais qui est-il ? Que veut-il ? Le doute et l’angoisse s’emparent de moi.

Je démarre et rejoins la circulation. Mes essuie-glaces peinent sous les torrents. Je vois à peine la route. Dans mon rétroviseur, je reconnais la voiture du parking. Cet homme me suit, mais pourquoi ?

Sur l’autoroute, une station-service ! Je braque d’un coup sec pour le semer. Bingo ! J’en profite pour faire le plein et me chercher un paquet de cigarettes. En ressortant, il est là, debout et immobile sous la pluie, à me fixer ! Il me fixe. Il ne fait absolument rien d’autre que me fixer. Inquiet, je fonce me réfugier dans ma voiture, et démarre sur-le-champ.

Arrivé chez moi, je me renferme à double tour. Un simple coup d’oeil par la fenêtre de la cuisine suffit pour constater qu’il est à nouveau là, sous son ciré dégoulinant, à me regarder. La situation devient insoutenable. Je n’en peux plus, je décide d’appeler la police. À ce moment, je le vois sortir son portable et, sans même détourner son regard, le porter à son oreille. La sonnerie de mon téléphone retentit ! Mon coeur s’affole. Dois-je y répondre ? La main tremblante, je décroche, quand soudainement…